Adieu les Con-Finés

Miscellanées d’haïkus

1. Qu’est-ce que la vie ?
Un ustensile à penser
Et aimer la vie.

2. De mon cœur trahi
Tiens, les clefs je te les rends
Ma porte est ouverte

3. Dieu.e existe-t-elle
Ou il ? Dans un cas temps pis
Dans l’autre, temps mieux.

4. Clignoter de l’œil
Tournicoter de l’orteil.
Risible dérision

5. Ut est comme un do
Et sa clé des chants
Rustine des airs

6. Aimer c’est souffrir
Aie, aie, aie ! mama mia
J’ai le mal d’aimer

7. La gratitude
C’est remercier l’ancêtre
Ceux d’avant-hier

8. La vie éternelle
C’est long, surtout vers la fin
La vie éternelle

9. Caresses intimes
Drolatiques et divines
Amies de l’amour

10. Sérendipité
Je t’ai trouvée par hasard
Sérendipité

11 L’âme a mal de toi
Toi qui passes et ne me vois
Au prix d’un mépris

11 Le prix du mépris
Est épris d’un pur esprit
Et repris de justesse

12. La gastronomie
C’est une affaire d’étoile
Et d’astronomie

13. Mémoire de mes yeux
A jamais gravée au fond
Comme un écriteau

14. La révolution
Un rêve en évolution
Tel un cumulus

15. Un fémur un clou
Une plaque et puis c’est tout
Vais cahin caha

16. Toi l’outrecuidant
Où vas-tu d’un si bon pas ?
En enfer d’ici

17. Haïku de blues
Haïku à boire cul sec
Haïku pied au …

18. Vaccin attendu
Au-delà d’espérance
Et convenance

19. Covid’ mon amour
Que tu ne sois pas servi
Relégué au fond

20. À Saint-Valentin
Si elle te tient la main
À la Marguerite…

21. Je n’ai pas d’humour
La preuve, je n’suis pas drôle
Désolé, ah ! ah ! …

22. J’invite un caillou
Une brebis, une fleur
À venir ce soir

23. L’avenir de l’homme
Est une terre inconnue
Décidée, ou pas

24. La vie érige haut
Tous les projets de vertu
Aptes à hisser l’âme

25. Au dernier moment
On n’habille pas nos morts
Adieu au visage

26. Les puceaux de l’âme
Sont les damnés du Bon Dieu
Et sous peu du Diable

27. Connais-toi toi-même
Aveu de notre ignorance
Et de votre orgueil

28. Dans culture y’a cul
Et alors ! S’pèce d’ob cédé
Dans concis, y’a con

29. Dame poétesse
Était-ce âme damnée
Que vos paumes dessinent

30. Boire à ta fontaine
Un élixir de jouvence
Félin et divin

31. Une pique à sot
Serait utile ici-bas
Pour clouer les con s

32. Un nu de Pablo
C’est un collage de trous
Agrémenté d’âmes

Écrits le 1er trimestre 2021
Jean-Charles Theillac

Vous voyez ce qu’est cette barbarie !

Michel Serres sur France-Info le 12 janvier 2014

Monument aux morts Gentioux-Creuse
Monument aux morts Gentioux-Creuse

220px-Michel Serres - Espace des sciences - 15-02-2011
Michel Serres

De la Guerre de Troie à la Croix de naguère
Il n’y eu de combat plus obscène et sanglant
Que celui pour lequel,  il y aura cent ans,
Des deux côtés du Rhin, l’impitoyable guerre

Fit des millions de morts, des garçons innocents.
Ces cinquante deux mois sur les champs de batailles,
Des milliers de garçons périront chaque jour.
Sans connaître la vie, ni savoir de l’amour,
Dans la boue des tranchées, connurent la mitraille
Les obus et les gaz, vrais héros pour toujours.

J’apprenais chaque année, des vivants et des morts,
L’inventaire en mémoire, de ceux pour la Patrie.
Étendards, oriflammes, fanfare en batterie.
Allusion était faite, l’Indochine, les remords,

La peur enflait alors dans le cœur des conscrits.
Un siècle de haine et d’horreurs partagées,
N’auront calmés tyrans et patentés despotes.
Chair à canon d’antan devenue anecdote,
Destinés à survivre dans un monde en danger
Échappant à la faux des faucheurs de vote.

Pour rien, tout ça ? Doit-on abdiquer la raison ?
Doit-on douter du réveil des consciences,
De la démocratie, braver l’obsolescence ?
Si funèbre soit-elle, en dire l’oraison,
Elle viendra bien tôt, consacrer l’Alliance.

Ô philosophe aimé, ton propos me harcèle,
Il casse mes pensées jusqu’au fond de mon âme.
Indigné, agacé, révolté des infâmes
Qui sont devenus fous et méritent tutelle.
Unissons nos efforts et faisons-en réclame.

Jean-Charles Theillac

Remarques :
Les victimes de la nouvelle guerre économique ne figureront jamais aux frontons des Monuments aux Morts mais n’en seront pas moins morts, broyés par la nouvelle barbarie financière. En faire le constat, ne modifiera en rien, l’effet de la cupidité des hommes : des millions de victimes, encore !...

L’agonie d’un espoir

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Détail d’une oeuvre de Jean-Claude Paulhiac

Ce siècle n’en finit pas d’agoniser, de geindre
Et peine à se résoudre à l’égout de l’Histoire.
Cette année deux mill’ treize, mollit jusqu’à éteindre
Un siècle d’insouciance chargé de nonchaloir.

Il restera marqué par l’absurde, le stupide,
Le cupide des hommes hantés par leur crédit,
Leur lopin, leur larcin, soucieux du morbide
Au point d’en savourer la grande comédie.

Ira-t-elle encor’ loin, cette farce et attrape ?
Le déclin et la chute nous surprend et nous tue.
Nos espoirs, nos folies, vont passer à la trappe
De l’Histoire des Hommes dans un sanglot confus.

C’est l’œuvre des humains dans un temps arrêté.
Mais l’Homme au singulier dispose de génie
Pour éclairer le monde et non le bâillonner,
Prophète ou bien-penseur, esprit libre infini.

Cet an nouveau surgit et nous portons le deuil
De nos souhaits passés et de nos vœux stériles.
Certitudes enfouies dans la poix de l’orgueil,
Périront doucement en vérités fossiles.

Ô citoyen chagrin, un à un épaulé,
Un à un colibri, conquerront notre monde !
Notre part est vitale, maîtresse et contrôlée,
Avançons vers demain, pour une vie féconde.

Jean-Charles Theillac

M. Paul Jorion sur France-Culture invité de matinales de Marc Voinchet met les pieds dans le plat.

 

Tintin !

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Jadis, il y’eut les francs, les anciens, les fafiots,
Qui se comptaient en briques, en patates, en bâtons.

Puis il s’est alourdi en devenant nouveau

Franc lourd et nouveau franc, le centième pour un rond.

C’était le temps du blé, du grisbi, de l’artiche
Des tontons qui flinguaient pour le pèze et l’oseille,
Les talbins ou la fraîche, la ferraille en pourliche,

D’aucun rêvait encore des vacances au soleil.


Le bastringue a  sa thune,  la galette, sa monnaie,

Ses verbes appropriés : rafler, claquer, gagner.

Le fric à ses victimes, le pognon, ses laquais.

Les biftons, ses liasses peu à peu épargnées.

Nostalgie dérisoire ou utopie d’hier,
Les picaillons d’antan valent-ils bien la peine

D’inventer une langue en tout point héritière

Du sens et de l’image de notre « Madeleine ».

C’était  des sous, avant, un bifton de cent balles.
On en gagnait des milles, des dix mill’s pour certains.

Tous ses mots sont partis, ils ont quitté le bal,

Le mot des maux nouveaux, aujourd’hui c’est « tintin« .

Jean-Charles Theillac

 

L’argent : d’autres synonymes non utilisés. La mornifle, l’osier, les pépètes, le flouze, la mitaille, les picaillons, la braise, le carbure, les fifrelins, les kopecks, les radis, la boule…

Un regard de caresse

 

  Bus

Aphrodite  avait dû ce jour là, emprunter
Avec moi l’autobus, à moins que ce ne fut
Sémélé* et Phébus, amis de volupté
S’associant un instant pour me rendre confus.

Rencontre de minute, certes délicieuse,
Dont j’étais le témoin, attentif et comblé,
D’admirer  silhouette aussi malicieuse,
Mais mon cœur attendri n’en fut pas moins
troublé.

J’emprunterais à Georges, le dernier quatrain
De « La fessée », chanson écrite à « quatre mains ».

Surtout qu’elle s’était enquise, la bougresse :
« Avez-vous remarqué que j’avais un beau cul ? »
Et ma main vengeresse est retombé’, vaincu’ !
Et le troisième coup ne fut qu’une caresse

*Sémélé : déesse de la lune
Jean-Charles Theillac

La fessée de et par Georges Brassens

 

 

Colibris, à l’abri !

 

 

 

Radote mon ami, redonne-nous encor’
Maximes et conseils sur l’homme et ses faiblesses.
Victime de lui-même et de ses anticorps
Qui polluent la Terr’-Mèr’ de toutes ses bassesses.


Radote mon ami, à demander encore
S’il y a une vie de l’Homme avant la mort
Qui détruit la nature et la terre qu’il abhorre
À vouloir les soumettre à son funeste sort.


Radote mon ami. Convivialisateur
De la planète entière. Tu exaltes l’amour
De la raison rendue ainsi que ses valeurs


Confisquées par la vie, bafouées pour toujours.
Radotes encore l’ami, la part de colibri
Que tu nous apportes, mettons-la à l’abri.


Jean-Charles Theillac

Le colibri

Tu me plais colibri, tu t’agites et tu voles
Parmi les herbes folles et les arbres en fleurs.
Ta tâche est infinie, constante et bénévole,
Et sans toi la vraie vie n’aurait pas cette ampleur.


Tu es le plus petit et jamais tu ne doutes
À porter goute à goutt’,  ta part de conscience
Oiseau-mouche tu es et nous montres la route
Pour agir et avoir encor’ plus confiance.


Tu es sens et instinct. La raison et l’esprit,
De nous tous pensants, nonchalants, besogneux,
Qui ne voyons pas naître l’aube d’un jour heureux.


Augure à tire d’aile, pélican incompris,
Aussi léger tu voles, aussi grand le pari,
Du silencieux vol d’un oiseau,  Colibri.

Jean-Charles Theillac

 

La légende du colibri par Pierre Rabhi

Sonnet d’année

  … à Irène Frachon


Qu’ils soient bons ou meilleurs, les vœux sont échangés,
Sincères ou timorés, ardents ou légitimes.
Ils doivent contenir néanmoins, immergé,
Le parfum émanent des richesses intimes.


Vers qui vœu va, il va. De qui vœu vient, revient.
La pensée ambitionne,  transcende l’incertain
Pour le rendre possible et embellir le lien
Invisible et ténu, des vœux vers un destin.

Regain de volonté de nature vagabonde,
Cette année verra l’ombre d’une résurrection.
Une douce pagaille, fondatrice et féconde,

Élan revigoré vers une rédemption,
Aubaine salvatrice, riche en étrangetés.
A l’aube de ce jour, bonne année, bonne santé !

Jean-Charles Theillac

 

Je dédie ce poème à Madame Irène FRACHON,
médecin pneumologue au CHU de Brest, sans qui,
ce sonnet n’aurait pas lieu d’être.

Martin Aurore

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photo tirée du site Ballade en pays basque

« Je vais être en retard » avait-t-elle prévenue
Sa sœur qui ne l’attendait pas. C’était le signal.
En plein après-midi la voilà détenue
Par des condés aux ordres d’un Juge spécial.


Le soir même, Biriatou, à l’heure de l’apéro
Etait remise Aurore à la garde féale,
D’alter égo complices pour l’amener presto
Dans la geôle madrilène de Soto Del Real.


La suite, vous la savez. Cette coercition
Est exclusivité. Livrer une française
À un état voisin, pour délit d’opinion,
Au pays de Hugo et de la Marseillaise,


Où sont les Droits de l’Homme ? Courage à toi neska.(1)
Nos pensées te soutiennent et t’aident à supporter,
Pouvons-nous l’espérer, le douloureux fracas,
L’insupportable atteinte, à ta vraie liberté.


Tes amis bayonnais et ceux d’Euskal Herri  
Portent haut les valeurs de ton esprit mutin
Et témoignent de l’audace par cette allégorie,
À la Mauléonaise,  à Aurore Martin.


Jean-Charles Theillac
le 15 décembre 2012


(1)Neska : fille, fillette en basque

Aveux, à vous.

J’avoue, j’ai abusé des rimes trop faciles,
Pour ne plus explorer et me casser la tête
À
cerner la litote ou l’oxymore utile,
La rime suffisante, la prosodie muette.


Je me repens alors des veules et vil’s visées
Qui n’ont pour intérêt que de plaire à l’ouïe
D’auditeurs incrédules oyant mes billevesées
D’ une rime embrassée pour un rêve enfoui.


Me voilà rependu, non pardon, repenti.
Charabia, baragouin, ce galimatias-là !
Pléonasme touffu, foutu tutti quanti,
Tautologie urbaine, que ces galapiats-là.


J’avoue, j’ai abusé des pensées euphémiques.
Au lieu d’utiliser les vrais mots de l’amour,
J’ai souvent parcouru des chemins chaotiques,
Hypocrites oraisons, intentions  de basse cour.


Je replie mon compas à faire des ronds dans l’eau,
Des cris, des mots, des moues, des facéties baroques,
Où dans mes nuits à boire j’ai trahi le huis-clos
D’un tête à tête à pied, la main sur la breloque.

 

Jean-Charles Theillac

le 12/12/12

 

Bréviaire:

Une rime est « suffisante » lorsqu’elle se fond sur la répétition d’un son vocalique (voyelle) + un autre son, soit vocalique, soit consonantique (consonne). bijou / acajou – mène / Gênes

Rime « embrassée » : le schéma rythmique [A, B, B, A] s’appelle rime embrassée.

Litote: figure consistant à dire moins pour faire entendre plus. (Ex. : Je ne te hais point pour signifier « je t’aime ».)

Oxymore: rapprochement de deux mots qui semblent contradictoires. (Ex. : un silence éloquent.)

Prosodie: en linguistique, partie de la phonétique qui étudie l’intonation, l’accentuation, les tons, le rythme, les pauses, la durée des phonèmes.

Pléonasme: répétition de mots dont le sens est identique. (Ex. : Monter en haut.)

Tautologie : répétition d’une même idée en termes différents ; redondance.

Euphémisme : adoucissement d’une expression jugée trop crue, trop choquante. (Par euphémisme, on dit « il nous a quittés » pour « il est mort ».)

Dis-moi !

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-Dis-moi,  pourquoi veux-tu toujours une réponse
À toutes ces questions,  qui te viennent en quinconce ?
Une fois c’est la vie ou la couleur des choses.

L’autre fois c’est l’ennui ou la beauté des roses.
Pourquoi moi ? Pourquoi toi ? Et pourquoi tous les deux
Sommes-nous là, sur un banc, à guetter le Bon Dieu ?…


Le Bon Dieu ou le diable, peu importe lequel
Des deux arrivera, malgré tes insistances,
À répondre à tes vœux, d’ancienne jouvencelle,
De savoir avec qui j’aurais eu appétence.
Ni le Dieu, ni le diable, ne seront retenus,
La limite est passée et l’affaire entendue.


-Tu ne veux pas répondre, comme à ton habitude.
L’esquive en guise d’arme et de tes larmes folles
Tu ne tireras rien de telles paraboles.
Tes appétits passées… c’est un sujet d’études …
C’est demain qu’il convient à présent d’avancer.
Combien ton imagination a de sens et d’effet ?


-Quoique… te répondrais-je ! Mon imagination,
Est sans fin et brillante, il n’est pas interdit
Qu’ell’ se veuille pimpant’, voire en lévitation !
Mais Cupidon possèd’ des ressources, pardi !
Les anges n’en ont pas…, de sexe évidemment.
Ils inspirent et stimulent…, ils aiment les amants.


-Cessons-là nos querelles et donne-moi ta main.
Ta peau est douce et tendre et en fermant les yeux,
J’imagine aisément Cupidon dans ses jeux,
Escortant notre envol dans des mondes lointains.
Volupté souveraine, divine et absolue
De deux âmes en fredaine, avides et goulues.


-Tais-toi un peu, poète de mes …  Adieu
Troubadour de balcon, je me suis retirée.

-Ouvre tes yeux, idiot ! Sur ce banc, furieux,
Je « ravale » mes rêves et mes plaisirs. Viré !…
Je ne suis pas têtu, … Quelque peu entêté.
Dis-moi … heu…à bientôt ! Peut-être cet été ?

Jean-Charles Theillac

Au feu !

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Soudain j’entends des bruits, craquetant, peu cordiaux.
De l’endroit où je dors, il me vient un soupçon.
Tu l’as rêvé, me dis-je, je baisse la radio.
D’une oreille attentive je scrute tous les sons.

Ils viennent de partout et se font plus précis.
L’angoissante fumée monte en panaches crasses,
De sinistres volutes, des odeurs de roussi,
Le diable s’insinue et envahit l’espace.

Réveiller les voisins, alerter les pompiers,
L’urgence est salutaire et dans la nuit des voix
Me rassurent et m’entraînent à sortir du guêpier,
Mais de là où je suis, il me faut du sang-froid.

Attendre calmement, qu’ hissée la grande échelle,
Vienne me délivrer de cet enfermement,
Enfumé, étouffant, un sapeur solennel,
Me guidant sur la rampe précautionneusement.

Hommage à toi brave homme et à tous tes confrères.
Du feu, vous en êtes soldats. De ruelles en cours,
Vous êtes les héros de nos temps délétères.
Au péril de vos vies,  vous osez les secours.

Jean-Charles Theillac

Mon vélo

Vélo

Je le tiens à la main, ce putain de vélo.
Parfois je suis dessus, pédalant, volontaire.
Parfois je le regarde avoir quelques ‘’sanglots’’
Brinquebalant devant et gaillard de l’arrière.

J’irai où tu iras, vénérable carcan.
Ne me demande pas d’être le témoin de
Nos déambulations, sans savoir où et quand
Nous serons arrivés au dernier ‘’tête-à-queue’’.

Je te suis, obligé, malgré ma volonté
De parfois te lâcher ou de t’abandonner.
Mais tu me colles aux basques avec ténacité,
Et me ramène au port un peu ratatiné.

Je te vois roucouler sous le cul de ces belles,
T’amenant çà et là, au parc, sur l’avenue.
Elles t’offrent fêlure et de toi, ont la selle
Et moi, mon regard bleu, tristement incongru.

J’irais bien avec toi promener dans les bois,
Comm’ tu serais content de ces beaux paysages !
Et moi je humerais, les essences et la joie
D’une balade à vélo, comme quand j’étais sage.

Mais ce temps est parti, je te regarde faire.
Je n’ai plus le désir, de te monter, mon cher !
Va où tu veux aller, je n’en serai que fier.
Il est venu le temps, d’arrêter les enchères.

                      …J’efface mon empreinte.
Je continue la quête de ce long labyrinthe

Jean-Charles Theillac

Un dernier, pour la route ?

 

C’était un temps à parapluie
Un paradis pour les p’tits gris

Avant que ne commence la deuxième décennie
De ce vingt et unième siècle des ‘’lumières’’
De basse consommation et de basses manières
Clôturons deux mille dix dans sa schizophrénie.

C’était un temps à parapluie
Un paradis pour les p’tits gris

Du passé ? Table rase ! Faisons comme un reset
Et gagnons nos galons, accoudés au comptoir
En n’oubliant jamais de tailler la bavette
A la femme qu’attend là, son content de mouchoirs.

C’était un temps à parapluie
Un paradis pour les p’tits gris

A la vie, à la mort de ceux qui sont partis
Bien trop tôt, pudiques et sans vergogne, et basta !
Dans dix mille ans, la revoyure dans l’au-delà,
Comme le disait Léo, y’a plus rien… d’appétit.

C’était un temps à parapluie
Un paradis pour les p’tits gris

Les bobos, les nanars, les bobards, les barbots,
Les bars-tabac, les tabacs sans bar, les bistrots
C’est trop, les Tabarins, les baratins ! Demain …
Les matins blêmes entre tes reins, d’un tournemain.

C’était un temps à parapluie
Un paradis pour les p’tits gris

Ca va bouger à la rentrée dans les maisons,
Les arrière-cours et les jardins. Les potes âgés
Au potager et les poulets dans le bouillon,
Bœuf carottes, bâton sur ta gueule, les naufragés !

C’était un temps à parapluie
Un paradis pour les p’tits gris

 Un dernier pour la route ?

Jean-Charles Theillac 19 Août 2010

Rapsodie sidérale

Pour un tocard de père qui refusa l’obstacle
A la première haie et sortit de la salle,
Sa mère assuma seule le reste du spectacle.
C’était après la guerre, une histoire banale.


Un homme bienveillant, amoureux de sa mère
Adopta cette enfant et en fit donc sa fille.
Gratitude et bon gré, pour cet homme compère,
Père et beau-père en somme d’une belle famille.


Le rideau de la vie s’ouvrait alors tout grand.
Elle n’aurait pas pensé que de sa vie durant,
Elle ne connaîtrait plus que ces mêmes tocards,
Toques et casaques grises, bons à mettre au rancart.


M’est avis que les hommes furent pour elle un fardeau
Qu’il lui fallut porter comme ballots de paille.
Un tribut à la gent de celui qui plus tôt
Lui avait donné nom, suite à ses épousailles.


Poursuivit-elle alors, de façon naturelle,
L’étoile de sa mère qui connut l’abandon ?
La lâcheté d’un père aimant la bagatelle,
Porta vers elle les hommes, comm’ le vent le chardon ?


Il sema à tous vents, le tocard en question :
Une autre fille, ailleurs, d’identique prénom,
Dont le destin défait et le lot de ballots,
Jalonnèrent la vie de douloureux mélos.


Á quel originel manqu’ fur’nt-elles soumises,
Pour porter de si lourds et encombrants fardeaux ?
Pour subir à ce point l’ineffable mainmise
De tocards et toqués parés d’affûtiaux ?


La peur de l’abandon expliqu’ t-elle à elle seule
Ces vies de bouts d’chandelles, dont les flammes vacillent
Au gré des vents mauvais et des grands coups de gueules ?
Rapsodie sidérale pour des âmes en guenilles.

Jean-Charles Theillac
22 octobre 2009   

La dernière fois

Ce sera un jour, la dernière fois
Que je dormirai sans me réveiller.
Que je baiserai avec ou sans toi,
Que je pleurerai dans mon oreiller.
Que mon cœur battra la dernière fois.


Ce sera un jour, la dernière fois
Que je rimerai l’adjectif ultime
Ou l’alexandrin, maladroit parfois,
Mais toujours précis, sauvé par la rime.
Ou alors la nuit, la dernière fois.


Ce sera un jour, la dernière fois
Que j’apercevrai, ton regard d’amour
Caresser le mien puis de tes longs doigts
Tu me feras signe : adieu à toujours !
Emouvant fatras, la dernière fois.


Ce sera un jour, la dernière fois
Que je chanterai sans dessus dessous,
Brassens et Ferré, Jacqu’s Brel et Ferrat,
Que j’écouterai « la fille à cent sous »
« Et basta » la vie, la dernière fois.


Ce sera un jour, la dernière fois
Que je te dirai un dernier « je t’aime »
Pour de vrai bien sûr, tout comme autrefois
Au temps des moissons dans les matins blêmes.
L’extase finale, la dernière fois.


Ce sera un jour, la dernière fois
Que j’écouterai aller et venir
Les vagues éternelles dans le désarroi
De mon cœur perdu au dernier plaisir.
Murmures d’azur, la dernière fois.


Ce sera un jour, la dernière fois
Un dernier matin, une dernièr’ nuit.
Quand je rejoindrais le dernier convoi
Vers je ne sais quoi, vers je ne sais qui ?
La Paix pour toujours, la première fois !

13 octobre 2009

Jean-Charles Theillac

Boileau…et tais-toi!

« Ne repasse pas, fallait pas »

Traduction : je ne reviens pas te chercher, tu n’aurais pas dû me dire ça !

Ces propos sibyllins, incohérents, abscons,
Pour rompre une amitié : c’est un peu court, jeune homme.
Ce ‘’Texto’’ est ‘’idiot’’, pour ne pas dire ‘’con’’,
Le pronom est absent, l’idée est minimum.

Doit-on pour se parler, user de ce jargon
Ridicule, insensé, rédigé à la hâte
Par un avare des mots, un nouvel Harpagon
Dont le dessein intime est de se montrer fat ?

Dans ce cas, les mots sont des lames de couteaux
Qui pénètrent l’intime, les entrailles de l’âme,
Pour blesser et souiller et brûler dans les flammes
Ce qui reste de bon, de robuste et de beau.

« Ce qui se conçoit bien, s’énonce clairement
Et les mots pour le dire, arrivent aisément…
…Avant donc que d’écrire, apprenez à penser… »

Ah ! Mon pauvre Boileau… tu dois bien te gausser !

Aujourd’hui le langage, est jeté aux orties.
Les belles phrases sont étiolées, rabougries.
Et si quelques auteurs aiment à peindre les mots,
Ils sauvent la face mais… l’exemple vient d’en haut.

« Cass’-toi ! Pauv’ con »

Jean-Charles Theillac
Le 8 octobre 2009

Post-scriptum

 

Quand il apparaîtra, ce long tunnel sombre,
D’où jaillira, sublime, le halo lumineux,
Il faudra se hisser, se glisser comme une ombre,
Mue par la volonté d’un destin radieux.

Je quitterai mon corps, sans remords ni rancune
Et la vie matérielle, sur la terre d’Adam,
Vers un état lumière, une douce lagune
Où le temps et l’espace, ne sont pas signifiants.

Impalpable divin, conviction personnelle ?
Nous qui n’en savons rien, nous en avons l’instinct.
Après moi, le néant, plus rien n’a de réel ?
Le souvenir pour l’un, pour l’autre le trentain !

Le trouble et l’embarras, est de s’imaginer
Attaché à une âme depuis le premier jour,
Qu’ell’ soit notre conscience et notre destinée
À tout jamais ancrée aux pieux de l’Amour.

Certains esprits pourtant, viennent rompre la chaîne
Des évolutions lentes et des métamorphoses,
Pour nous faire douter ? Destinées incertaines
De la pensée des Hommes et du pourquoi des choses.

Ce Dieu de l’amour dans la sérénité
De l’univers divin, n’est pas semblable à l’Homme
Mais il en est l’essence de même affinité
Qui nous donne l’envie d’être son post-scriptum.

4 octobre 2009

Jean-Charles Theillac

Les vins naturels

C’est le goût des raisins
Et la nature des sols,

Que l’on met dans ces vins

Pour une farandole.

Stylés, câlins, gouteux,
Ils s’éclatent au palais

Pour y mettre le feu,

Enchanter le goulet.

Ni collé, ni filtré,
L’expression reste vierge

D’attentions accoutrées

Que des manants gambergent.

Lentement, patiemment,
Ils sont élaborés

Pour le printemps suivant

Par des gens timorés (*).

Des coteaux du Jura
Aux vins francs de la Loire,

Des cépages Syrah

Et des grenaches noirs.

Roussillon, Languedoc,
Vins du Rhône et de Saône

De Provence et Médoc,

Ils gagnent l’hexagone.

Fruités et naturels,
Ils diffusent les goûts,

Les odeurs immortelles,

Du raisin dans ses moûts.

Aux « sourires de Dante »
Apprécier l’harmonie

Des saveurs envoûtantes

Par des vins insoumis.

*) En vieux français : très scrupuleux

 

Le 27 septembre 2009
Jean-Charles Theillac

 

Une plage océane


Sur la plage, en été, s’étalent et se contemplent
Les corps à demi nus de nymphes et de grâces,
Dévotes impénitentes du dieu Râ, dans son temple,
Attendant, éperdues, fidèles à sa paroisse,

Qu’il veuille les brunir, sans trop les faire souffrir.
Exhibition de chair en offrande aux commères,
Nobles académies et grands éclats de rires,
Et des cris des enfants dans les rouleaux de mer.

Quand le dieu du jour sombre, vers l’horizon en feu,
C’est l’instant où l’ombre de son corps disparaît,
Où la crête des vagues entame un pas de deux,
Argenté dans les moires n’offrant que des regrets.

Ces mouettes obscènes, friandes d’immondices,
Tournent et volent repues et remontent le cours,
Avant de revenir se nicher sur la lice,
D’une plage encore chaud’, des souvenirs du jour.

Les ténèbres s’installent, pleines de leurs frissons.
Les mystères de la nuit, les plaisirs et les peurs,
Habillent les ennuis des couples polissons,
Aux confessions intimes, aux promesses de cœur.

Ces grands râteaux sassant le sable du matin,
Rendront à l’estivant un estran praticable,
Débarrassé, lavé des souillures d’instinct,
Qu’à nouveau cette plage, n’offre à lui, que du sable.

Jean-Charles Theillac